Les lacs suisses contiennent de grandes quantités d’énergie thermique renouvelable, dont une partie peut être utilisée pour chauffer et refroidir les infrastructures situées à proximité. Le service de géoinformation de l’Office fédéral de l’énergie a créé une carte interactive montrant le potentiel thermique des masses d’eau. service de géoinformation

Températures records et enjeux écologiques en 2026
L’été 2026 subit une sécheresse historique et une canicule extrême, détrônant les records de 2003.
- Surchauffe des eaux : Fin juin et début juillet 2026, la température de surface du Léman et du lac de Zurich a frôlé les 27 à 28 degrés, tandis que le lac de Neuchâtel et celui de Morat ont battu des records absolus.
- Impact écologique : Si ces conditions augmentent le potentiel de refroidissement en hiver, la surchauffe généralisée pousse les cantons et l’Office fédéral de l’environnement (BAFU) à encadrer strictement les rejets thermiques pour protéger les écosystèmes aquatiques en détresse.
Projets phares et chantiers lancés en 2026
Plusieurs infrastructures majeures d’hydrothermie franchissent des étapes clés cette année :
- Neuchâtel (Projet Monruz) : En août 2026, la future station de pompage du Nid-du-Crô a été mise à l’enquête publique par Viteos pour capter l’eau à 60 mètres de profondeur et alimenter les quartiers de Monruz et de la Coudre.
- Lausanne (Réseau d’Ouchy) : Les travaux d’une nouvelle centrale thermique alimentée par l’eau du lac ont démarré au printemps 2026, avec l’objectif de chauffer 5 000 ménages d’ici 2029 grâce à 4 pompes à chaleur géantes.
- Genève (Réseau GeniLac) : Depuis le 1er janvier 2026, les Services Industriels de Genève (SIG) ont abaissé leurs tarifs de fourniture de chaleur (-0,5 ct/kWh) et réduit de 30 % les droits de raccordement pour les petits bâtiments.
- Lac de Bienne : Le Réseau énergétique du lac de Bienne (porté par ESB) continue son extension pour fournir du chauffage à Nidau et Bienne, ainsi que du froid industriel autour de la gare.
Évolution du cadre légal en 2026
- Procédure accélérée : Le Conseil fédéral a activé au 1er avril 2026 une procédure accélérée pour les infrastructures d’énergies renouvelables, levant certains verrous administratifs pour les grands réseaux thermiques.
- Loi vaudoise (LVLEne) : Adoptée en février 2026, cette loi impose de fortes restrictions sur les énergies fossiles, ce qui booste la planification des chauffages à distance basés sur les lacs dans le canton.
Le grand potentiel de chauffage des rivières et des lacs suisses
Il existe plusieurs exemples historiques où la chaleur du lac est déjà utilisée, à l’instar du lac Wohlen près de Berne, du campus de SwissRe au lac de Zurich, ou du projet GeniLac à Genève.
La carte interactive de l’Office fédéral de l’énergie permet de visualiser ce potentiel, calculé à partir des données de l’Eawag. Interrogé sur le sujet, Martin Schmid (Eawag) confirme que le lac Léman est particulièrement adapté grâce à son grand volume et la stabilité des températures en eaux profondes.
Tous les plans d’eau ne conviennent pas : les cours d’eau de montagne manquent souvent d’eau en hiver, et les petits lacs ou les plans d’eau déjà trop chauds en été ne doivent pas être sollicités pour éviter d’aggraver le stress thermique des écosystèmes.
Fonctionnement et conditions de raccordement
Dans les systèmes de grande envergure, la chaleur est transférée via un échangeur de chaleur dans un circuit fermé, puis mobilisée par des pompes à chaleur. Pour le refroidissement, un simple échangeur suffit souvent.
Toutefois, comme le souligne Rita Kobler (OFEN), la mise en œuvre dépend fortement de la demande locale, des lois cantonales sur l’énergie, ainsi que des exigences strictes liées aux procédures d’autorisation et à la protection des zones côtières.