Portugal: menaces sur l’eldorado fiscal réservé aux étrangers

Les citoyens retraités au Portugal n’auront peut-être plus une exonération totale sur leurs pensions. Les nouveaux-venus qui résident au moins 180 jours par an pourraient avoir une nouvelle taxe d’ici quelques années. C’est ce qu’affirme la presse locale.

Est-ce la fin d’une époque au Portugal? Créé en 2009, le statut de Résident non habituel (RNH) a pour but d’attirer dans ce pays des citoyens retraités aisés de l’Union européenne (UE) et suisses. Le gouvernement a convenu d’une exonération totale sur les pensions des nouveaux-venus pendant dix ans, à condition de séjourner au Portugal un minimum de 180 jours par an.

Or les autorités étudient actuellement l’introduction d’une forme d’impôt pour cette population qui en était totalement libérée. Ces tractations se déroulent dans le cadre du débat parlementaire sur le budget de l’État pour 2020. La proposition serait actuellement encore dans le giron du ministère des finances, d’après la presse locale qui estime que les changements mettront plusieurs années à intervenir.>> À lire aussi: Le Portugal séduit toujours plus de Suisses pour leurs vieux jours

Lancé il y a onze ans tandis que le pays sombrait dans la crise européenne de la dette, le programme NRH s’adressent des personnes fortunées. L’objectif est notamment de doper le marché immobilier des résidences secondaires dont les ventes s’avèrent très faibles par rapport aux autres pays méditerranéens. Les Lusitaniens ont mené des campagnes de promotion ciblées dans les pays de Nord afin de vanter conditions de vie et avantages fiscaux à des Européens retraités à la recherche d’une maison au soleil.

Surchauffe immobilière

Effet collatéral, le RNH a contribué à la surchauffe immobilière à Lisbonne et Porto. La flambée de la demande a généré une pression énorme sur le logement urbain au Portugal, forçant de nombreux citoyens à quitter les centre-ville.>> À lire aussi: La Suisse romande n’attire plus les exilés fiscaux

Le statut de NHR provoque passablement de critiques en Europe, notamment en Scandinavie où la Suède et la Finlande se sont retirées des accords fiscaux avec le Portugal, afin de ne pas perdre les revenus fiscaux de leurs citoyens âgés. Le parti portugais Bloc de gauche s’est également opposé avec véhémence à ce régime, considéré comme injuste pour les retraités nationaux qui, eux, doivent payer un impôt sur leurs pensions.

De son côté, le géant fiduciaire Pricewaterhousecoopers (PwC) a qualifié le NHR comme le «secret le mieux gardé d’Europe». Dans sa documentation, PwC décrit le Portugal comme un endroit très attrayant pour les investisseurs, avec «des régimes très intéressants qui surpassent les autres régimes à bien des égards».

Plus de retraités que d’actifs

C’est justement cette concurrence faite aux autres pays européens qui contrarie les hautes instances de l’UE. D’après la rumeur, des pressions de Bruxelles seraient à l’origine des modifications à venir au statut de NHR.>> À lire aussi: Le Portugal invente la taxe sur le soleil pour l’immobilier

D’après la presse portugaise, il y aurait près de 30 000 résidents actuellement au bénéfice d’un statut NHR dans le pays. Seuls 7% d’entre eux sont des jeunes indépendants et des entrepreneurs qui ont lancé des activités économiques sur place. Les retraités francophones (français et suisses) sont quant à eux plus de 15000.

L’AUTEUR

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Mary Vacharidis

MARY VAKARIDIS 

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l’Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Source: Bilan

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